dimanche 8 octobre 2017

Les deux papas de la princesse : celui qui dessine, Régis Lejonc


Une interview de Régis Lejonc, illustrateur de l'album Tu seras ma princesse


PATRICIA MATSAKIS: On sent combien tu as rebondi avec jubilation sur un texte foisonnant et imagé pour trouver l'expression de cette déclaration d'amour. Il y a une histoire derrière ce texte ?
RÉGIS LEJONC: Oui, une blague née sur un salon du livre près de Toulouse, il  y a presque trois ans. Marcus Malte et moi étions voisins de table de dédicaces. Nous nous connaissons depuis plusieurs année et nous aimons bien nous taquiner l'un l'autre. On s'aime bien quoi. Comme je suis illustrateur,  on me demandait davantage de signer, et particulièrement Le lac des cygnes et Le bestiaire fabuleux (éd. Gautier Languereau), sur la couverture desquels figurent la princesse Odette pour l'un et un dragon et une licorne pour l'autre. Marcus, lui, s'ennuyait car il avait moins de public. Il me regardait dessiner et me charriait régulièrement. Lors d'une pause, sur un ton faussement parternaliste, je lui ai dit que s'il voulait réussir dans l'édition jeunesse, il fallait qu'il fasse des livres de princesses pour les filles, et des histoires de dragons pour les garçons. Et il a dit: d'accord. Trois bons mois sont passés et j'ai reçu par mail le texte de Tu seras ma Princesse, pratiquement tel que vous pouvez le lire dans le livre aujourd'hui… J'ai adoré ce texte dès la première lecture. Le plaisir esthétique du style de Marcus, l'idée derrière ce texte et sa qualité littéraire m'ont donné des frissons dans les joues (c'est ce qui se passe quand je suis esthétiquement ému!) Et pour moi, c'est une véritable histoire sur le statut épouvantable de la princesse... pas un texte qui enfonce le clou du cliché commercial. De ce point de vue, Marcus n'a rien compris à ce que je lui avais dit !


PATRICIA MATSAKIS: C'était une évidence de partir de ses mots et de créer des images composites?
RÉGIS LEJONC: Plus qu'une évidence, c'était une obligation. J'ai longtemps tourné autour du texte pour savoir comment l'illustrer. J'ai l'habitude d'être un illustrateur narrateur, d'être l'interprète par l'image du texte. J'impose graphiquement mon regard, mes impressions et mon point de vue sur l'histoire. J'ai donc naturellement cherché à raconter par l'image, en accompagnant le texte... et ça ne tenait jamais la distance. Le texte de Marcus ne pouvait pas être illustré narrativement. Alors j'ai fait des tableaux, des images composées par ingrédients. C'est ce que font des illustrateurs comme Martin Jarrie, Aurélia Fronty ou Emmanuelle Houdard. Et j'ai compris que c'était la clé pour illustrer Tu seras ma princesse. Chaque tableau est le portrait d'une princesse qui grandit au fil du livre jusqu'à devenir une jeune femme indépendante et forte. Au final les images s'appuient et contrebalancent le texte de Marcus tout en laissant une grande liberté d'interprétation au lecteur.


PATRICIA MATSAKIS: On s'amuse beaucoup à retrouver des personnages de nos univers télévisuels et littéraires mais aussi à ricocher sur les mots de l'auteur dans tes tableaux ! Cette dimension ludique est elle venue du texte ou de ton travail en général?
RÉGIS LEJONC: Comme j'ai choisi de réaliser des images par l'ingrédient, tous les choix étaient possibles, tant en appui du texte que dans ce que la scène pouvait m'évoquer. J'ai donc travailler de manière très instinctive en me permettant d'intégrer dans les illustrations tous les symboles, les anecdotes et les souvenirs personnels et les références culturelles qui me venaient page après page. C'est un grand sentiment de liberté que de pouvoir travailler ainsi, et tous les textes ne le permettent pas. J'avais déjà goûté à ce sentiment de liberté dans l'album Kodhja avec Thomas Scotto (éd. Thierry Magnier) lors d'une scène qui permettait de glisser des références personnelles. Avec Tu seras ma princesse, le livre entier m'était ouvert à ce plaisir de partage et de clins d'œil.

Propos recueillis par Patricia Matsakis, Librairie Sorcière Le Bateau Livre à Montauban

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